• Ecoutez...

     

    Il y a trop de bruit sur Terre.

                La Terre et tous ses résidents nous réclament la vraie parole, à nous les humains. Nous faisons trop de bruit sur Terre et n’entendons pas, et n’écoutant plus le murmure de la vie que nous offrent les pierres, les arbres, le vent, les oiseaux, l’herbe et les fleurs…

                Nous faisons trop de bruit sur Terre, nous les humains ; il est temps à présent d’apporter le silence qui parle vrai.

                Apportons du silence, du silence vivant !

                Méditer c’est être dans le silence et écouter.

                Ecouter quoi ?

                … écouter ce qui est là.

     

                Nous avons tous des problèmes passés, présents et à venir. Nous avons tous des problèmes en devenir, des problèmes encore non-manifestés. N’attendons pas qu’ils se manifestent pour méditer : allons nous asseoir tout de suite dans le silence pour écouter.

                Ecouter quoi ?

                … écouter ce qui est là, et se faire présence dans la Présence…

     

    ***

                Dans la solitude des hauteurs de la montagne je contemple le Silence qui parle en chant d’oiseau, en bourdonnement d’insecte, en murmure indistinct et discret, mystérieux et superbe d’une Présence qui est là qui écoute… Alors ‘ je ’ ne sais plus si je suis cette Présence ou cette écoute qui parle ; ‘ je ’ ne sais plus si je suis… qui je suis… ou qui je ne suis pas.

                Hier j’ai rencontré un oiseau qui était venu se heurter contre la vitre transparente du chalet. Le heurt m’a interpellé car j’étais à l’écoute et je l’ai entendu. Je me suis approché de ce petit oiseau à moitié assommé au sol. Je l’ai caressé sur sa petite tête tout en lui susurrant quelques mots. Puis je l’ai caressé au niveau du torse, sur le dos, puis à nouveau sur la tête. Tout cela bien délicatement car ça semble si fragile et craintif un oiseau. Et la communication semblait bien passer. J’ai apprécié de rencontrer ses yeux, ses plumes, son bec…

                Je suis resté en silence avec lui. Nous nous sommes apprivoisés quelques minutes. Il a posé une patte sur ma main qui était là ouverte sur le plancher comme une invitation. Je l’ai encouragé à guérir et à pouvoir repartir et voler de nouveau dans sa vie d’oiseau. Et de fait… il a pu repartir… voler et chanter.

                A présent je le ressens comme un ami et sa présence tranquille me manque déjà un peu au point que je souhaiterais qu’il revienne me voir, me rendre visite comme pour confirmer et sceller cette amitié que mon esprit imagine et dont mon cœur a tant besoin… dans la solitude des hauteurs de la montagne.

     

    ***

    Je regarde par la fenêtre de la porte le grand froid qui rugit de toutes ses forces, balayant tout sur le passage de son souffle, inquiétant tout le paysage de son humeur et remuant tous les phénomènes par sa vigueur. Les feuilles volent dans l’air, poursuivies et terrassées par le grand Vent qui les élève bien vite vers le ciel au-dessus du vide ; comme des confettis elles dansent avec grâce. Des bruits de verre qui se brise, la toile de la yourte qui se secoue comme sur le point d’être arrachée à son ancrage… à l’intérieur, un moine est assis dans la tranquillité du temps sans temps. En face est la montagne qui lui sourit ; des visages se forment de profil qui lui assurent que tout est bien et que rien n’est à craindre. Ces visages sont tournés le regard vers le nord. Le moine, lui, leur fait face le regard contemplant l’est et l’infini.

     

                Tout est bien et rien n’est à craindre.

     

    ***

     

    Tout ce qui est toi résonne dans tout l’univers. Et tout ce qui tinte et tout ce qui brille dans l’univers n’est autre que ton propre reflet.

    La reliance au Tout est à trouver à l’intérieur de soi, non pas à l’extérieur ; même si l’extérieur ne fait que parler là aussi du Tout. Au plus près de soi-même, dans la plus grande simplicité de chacun de ses gestes dans l’instant, là est la source du grand Tout, là est sa relation intime au Tout, sa reliance à ce qui est dans l’univers.

    Attentif à notre respiration, il nous est donné de comprendre que tout est là.

    Tu veux connaître le monde en cet instant, ce qu’il fait, comment il va… sois simplement présent à ce qui t’entoure alors ; mais sois y entièrement présent, et tu te sauras relié au monde pleinement.

     

    Tout ce que tu es résonne dans l’univers en cet instant, à chaque instant.

    Tout bruissement et tout éclat dans l’univers n’est autre que toi-même.

    C’est ainsi que le monde est ta demeure, depuis toujours.

    Tout ce dont tu fais l’expérience dans cette vie, tout ce dont tu es témoin n’existe que par toi. Sans ta présence attentive cela n’a pas lieu d’être. Cela prend tout son sens sous ton regard conscient, auprès de ton écoute vigilante. Car, en effet, ce que tu vois et entends n’est autre que toi-même. Le monde n’est que ton propre reflet.

     

    ***

     

    Je découvre aujourd’hui une nouvelle relation à moi-même jamais abordée auparavant. Il semble que je commence à comprendre ; il semble que je commence à me libérer.

    Car, en effet, je découvre aujourd’hui une plus grande liberté intérieure.

    Cette relation à moi-même est relation à mon souffle comme base de ma rencontre avec ce qui est là dans l’instant, et ce que je suis dans l’instant.

    Je suis en train de trouver mon chemin, même si je n’en suis qu’à l’aube.

    Je suis en train de naître enfin, même s’il ne s’agit encore que des dernières heures d’une gestation, d’une longue nuit au réveil tant attendu.

     

    Je comprends mieux aujourd’hui que rien ne presse quand on est avec soi-même, et qu’on a alors tout la vie pour soi, et qu’on est ainsi toute la vie en soi.

    Nous sommes inconnu à nous-même ; et cet inconnu que nous sommes vaut la peine qu’on lui porte toute notre attention.

                                                                                      Frère Phap Khi