• ETUDE DES SOUTRAS

    Etude des sutras avec Frère Phap Khi à Soudorgues

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    Classe d'étude approfondie des Soutras
    animée par frère Phap Khi

     

    "Nous proposons d'intituler cette classe: 

    "La meilleure manière d'attraper une couleuvre",

    avec l'idée de nous retrouver tous les samedis après-midi de 16 à 17 heures 30 pour poursuivre cette investigation 'délicate' du Dharma. Le soutra abordé en ce début d'année est celui de la "Prajnaparamita" (Soutra de la Compréhension Parfaite).

     

    Nous souhaitons faire savoir que cette classe est ouverte à tous (à condition d'être déjà un membre fidèle de la sangha) et inviter qui le souhaite à se joindre à nous.


    Nous allons tâcher de poster ici un compte-rendu régulier (écrit et/ou audio) sur le déroulement et le contenu des classes, afin que ceux intéressés mais ne pouvant se déplacer puissent suivre d'une manière ou d'une autre." 

    Frère Phap Khi

     

     Pour avoir + d'infos, merci de contacter via le mail de la Sangha

    main du bouddha

          « La Meilleure Façon d’Attraper une Couleuvre »

     

    Samedi 31 décembre 2011

     

                En introduction de cette première classe, nous avons jugé utile d’interroger les uns et les autres présents ce jour-là sur leur motivation concernant l’étude des Soutras, et notamment celui proposé pour une première étude : « Le Soutra de la Prajnaparamita, ou Soutra du Cœur de la Compréhension Parfaite ».

    http://villagedespruniers.net/index.php?option=com_content&view=article&id=67:le-coeur-de-la-comprehension-parfaite-prajnaparamita-&catid=10:chants&Itemid=64

    Nous avons opté pour une approche pragmatique de cette classe, qui nous permette à la fois de comprendre plus en profondeur l’Enseignement du Bouddha autant que de resituer cette compréhension dans le contexte réaliste de nos vies.  Pour cela, nous nous sommes donnés pour objectif de savoir revenir à des exemples concrets et de toujours s’appuyer sur nos expériences de vie autant que possible.

    Nous souhaitons avant tout que cette classe nous soit utile pour continuer de naviguer avec aisance dans notre traversée, d’avancer sur notre route, sur notre chemin de vie et à la lumière du Dharma.

     Le titre de cette classe est inspiré d’un Soutra intitulé « Le Soutra de la Maîtrise du Serpent, ou Soutra sur la Meilleure Façon d’Attraper un Serpent »

     (Arittha Sutra, Madhyama Agama 220)

     http://mpcmontreal.org/?q=fr/node/132

     

    Si l’on resitue cela dans le paysage local des Cévennes, on comprendra que le terme ‘couleuvre’ est plus adapté.

    Ce Soutra nous met en garde sur la manière juste d’aborder l’Enseignement : selon notre façon d’appréhender le Dharma, nous pouvons soit progresser rapidement vers la Libération, soit nous perdre davantage encore dans notre Souffrance et notre Ignorance…


    Extrait :

    « (…) Moines, il est important de comprendre mon enseignement de façon exhaustive avant de l'enseigner et de le mettre en pratique. 

    « (…) Il y a toujours des gens qui étudient seulement pour satisfaire leur curiosité ou avoir raison et non pas pour atteindre la libération. Avec une telle motivation, ils manquent le véritable esprit de l’enseignement. Ils risquent de traverser beaucoup de moments difficiles, d’endurer des difficultés qui ne présentent aucun avantage et qui éventuellement les épuisent.

    « Bhikshus, une personne qui étudie de cette manière peut être comparée à un homme qui, dans la nature, essaie d’attraper un serpent venimeux. S’il tend la main, le serpent peut mordre sa main, sa jambe ou d’autres parties de son corps. Essayer d’attraper un serpent de cette manière ne présente aucun avantage et ne peut que créer de la souffrance.

    « Bhikshus, si vous comprenez mon enseignement d’une façon erronée, c’est la même chose. Si vous ne pratiquez pas le Dharma correctement, vous risquez de comprendre l’opposé de ce qui était prévu. Mais si vous pratiquez intelligemment, vous comprendrez à la fois la lettre et l’esprit de l’enseignement et vous serez capable de l'expliquer correctement. Ne pratiquez pas seulement pour vous vanter ou pour discuter avec les autres. Pratiquez pour atteindre la libération et si vous faites ainsi, vous connaîtrez peu de peine et d’épuisement.

    « Bhikshus, un étudiant intelligent du Dharma est comme un homme qui utilise un bâton fourchu pour attraper un serpent. Quand il voit un serpent venimeux dans la nature, il place le bâton juste en-dessous de la tête du serpent et attrape le cou du serpent avec ses mains. Même si le serpent s’enroule autour de sa main, de sa jambe ou d’une autre partie de son corps, il ne le mordra pas. C’est la meilleure façon d’attraper un serpent et cela n’entraînera pas de douleur ou d’épuisement.

    « Bhikshus, un fils ou une fille de bonne famille qui étudie le Dharma a besoin d’utiliser les moyens les plus habiles pour comprendre la lettre et l’esprit de l’enseignement. Il ou elle ne doit pas étudier dans le but de se vanter, de discuter, de provoquer des arguments, mais seulement pour atteindre la libération. En étudiant ainsi avec intelligence, il ou elle aura peu de peine ou d’épuisement. (…) »


    Après une première lecture du Soutra en entier répétée plusieurs fois, nous nous sommes proposés de l’aborder progressivement et de nous concentrer sur le début du texte, à savoir sur le titre et sur la première strophe de 4 lignes : 

     

    « Soutra de la Prajnaparamita »

    (‘Soutra du Cœur de la Compréhension Parfaite’) 

    « Le Bodhisattva Avalokita
    En pratiquant la voie de la compréhension parfaite 
    Posa son regard éclairé sur les cinq skandas et les trouva pareillement vides 
    Après cette pénétration, il dépassa toute souffrance
    »


    Commençons donc par décortiquer le texte et définir quelques notions…

                « Soutra » : un Soutra (Sûtra ; Sutta), dans la tradition bouddhique, est un Discours du Bouddha ayant enseigné oralement de son vivant ; les transcriptions eurent lieu 3 à 4 siècles plus tard.

               « Prajnaparamita » : Perfection de la Sagesse, de Prajna signifiant connaissance (jna) et Paramita pour perfection. Voici ce qu’en dit Thây : « Prajnaparamita, c’est la compréhension parfaite. On utilise habituellement le mot « sagesse » pour traduire prajna, mais je pense que sagesse ne rend pas exactement le sens de prajna. La compréhension est semblable à l’eau de la rivière qui s’écoule. La sagesse et le savoir sont solides et peuvent bloquer notre compréhension. Dans le bouddhisme, le savoir est considéré comme un obstacle à la compréhension. Si nous avons une certaine idée de la vérité, nous risquons de nous attacher à un point tel que si la vérité en personne venait frapper à notre porte, nous ne voudrions pas lui ouvrir la porte. Nous devons être capables de transcender notre savoir antérieur de la même manière que nous grimpons sur une échelle. Si nous pensons être très haut à la cinquième marche, il y a peu d’espoir que nous parvenions à la sixième. Il nous faut apprendre à transcender nos propres opinions. La compréhension est comme l’eau, elle coule, elle pénètre. Les opinions, le savoir, et même la sagesse sont des blocs solides qui entravent le flot de la compréhension. » 

                « Bodhisattva » : Bodhi pour éveil et sattva pour être vivant. Un Bodhisattva est un être qui se voue à suivre le chemin emprunté par tous les Bouddhas en vue lui aussi d’atteindre l’éveil suprême ; et ce faisant, il s’applique à venir en aide à tous les êtres et à les accompagner sur leur chemin de pratique de la libération. 

    Cette notion de ‘Bodhisattva’ recouvre un sens particulièrement important dans le bouddhisme Mahayana, puisqu’il encourage les pratiquants, monastiques aussi bien que laïcs, à s’émanciper, et à prendre la responsabilité de leurs efforts dans la pratique en vue de développer les qualités leur permettant d’avancer sur le chemin de la transformation, de la guérison et de la libération. Citons ici un passage du livre de J.Goldstein, One Dharma : « (…) Mais après la mort du Bouddha et suite à la scission ultérieure du Second Conseil (des Aînés), les moines de la Grande Assemblée commencèrent à mettre l’accent sur le sentier du Bodhisattva, d’abord comme une voie fiable pour un petit nombre, et plus tard comme un idéal de prédilection pour tous. Progressivement sont apparus des enseignements sur les ‘paramitas’. Ce sont les perfections dont a besoin un bodhisattva s’il veut devenir un Bouddha pleinement illuminé, les qualités de générosité, de vertu, de patience, d’énergie, de méditation, et de sagesse. » (traduction adaptée).

     

                « Avalokites(h)vara » : littéralement « Seigneur (‘isvara’) de la liberté ». Incarnation de la Compassion, l’une des valeurs primordiales dans le Bouddhisme. L’amour, dit ‘insommensurable’ est défini sous quatre qualités : la Bonté ou bonté aimante («maitri» - ‘mitra’=l’ami) ; la Réjouissance ou joie altruiste («mudita») ; la Compassion («Karuna») ; l’Equanimité ou inclusion (ou inclusivité) (« mudita» ).

    La compassion bouddhiste s’appuie toujours sur la reconnaissance essentielle de la Souffrance ; c’est pourquoi elle va de pair avec la Compréhension (d’une situation donnée, ou de l’autre, ou de soi-même, et des heurts et blessures qui l’accompagne, ou des besoins qui cherchent à se faire entendre ; etc.). Cette compréhension prend appui sur la nécessité d’être là, bien présent afin de voir et entendre ce qui se passe au juste : le regard profond et l’écoute attentive mènent à la reconnaissance simple et sincère de la réalité telle qu’elle se manifeste, et donc à une compréhension plus claire de ce qui est. Savoir regarder et écouter avec bienveillance donnera ainsi tout son sens à la relation qui est là dans le moment présent : relation à soi ou à l’autre, au monde, à une situation ou à un phénomène donné, telle une émotion, une pensée, une sensation…

    ‘Avalokitesvara’ (sanskrit) se dit encore Ti Kuan Yin (en chinois), Kannon en japonais, Quan Thê Âm en vietnamien : Quan signifie ‘regarder’ ; Thê, le monde ; Âm, les sons. Ainsi, dans la version vietnamienne, l’accent est mis sur la capacité du Bodhisattva Avalokesvara à écouter profondément les sons, et en l’occurrence les cris de douleurs du monde. Ce Bodhisattva est essentiellement représenté sous les traits d’une déité féminine, contrairement à tous les autres Bodhisattvas.

    Elle est représentée de différentes manières dans les iconographies ou  les sculptures selon les traditions : soit en tenant d’une main une branche de laurier, de l’autre un vase contenant le nectar de la Compassion ; soit pourvu de mille bras, chaque main tenant un objet symbolique (fleur de lotus ; cloche d’éveil ; vase au nectar de compassion ; etc.). Dans tous les cas, sa fonction consiste à venir en aide au monde et à soulager ses peines et ses souffrances. Elle est essentiellement sensible aux douleurs du monde, et se trouve touchée au point d’en être si émue que des larmes de compassion se répandent sur le monde, qui viennent l’apaiser et le guérir.

    Dès lors, nous comprenons que ce soutra se penche directement sur la souffrance inhérente à la vie, cherchant par là même à en apaiser la douleur.

     

    « Compréhension parfaite » : ‘Sagesse transcendante’, ‘vision profonde et pénétrante’ (« Prajna » - ‘jna’=connaissance). Elle est le fruit d’un processus d’approfondissement de la pratique de la méditation, soit du regard profond, de l’écoute attentive et du discernement, qui consiste à pratiquer la pleine conscience du moment présent (smrti, litt. ‘se souvenir’) et à développer alors la concentration de l’esprit (samadhi). Traditionnellement, cette pleine conscience ou attention du moment s’appuyera nécessairement sur l’observance d’une base éthique, les préceptes bouddhiques (sila) que sont les ‘5 Entraînements à la Pleine Conscience’. Dès l’origine, à l’époque du Bouddha, ces préceptes étaient déjà proposés comme base de pratique à la communauté laïque telle quelle : 1° Ne pas tuer, c’est-à-dire protéger la vie. 2° Ne pas voler, c’est-à-dire être généreux, donner et partager. 3° Ne pas commettre d’adultère, c’est-à-dire avoir des relations sexuelles fidèles et respectueuses de soi et de l’autre. 4° Ne pas mentir, c’est-à-dire exprimer la vérité avec amour, bonté et sagesse. 5° Ne pas consommer de toxines (tel que l’alcool, la drogue, etc.) et être végétarien.

     

    « Skandas » : Agrégats, formations composites, ils sont au nombre de cinq et constitue la personne humaine : le corps (la forme), les sensations, les perceptions, les formations mentales, la conscience. Comme souvent dans l’épistémologie ainsi que la philosophie bouddhistes, l’un contient le tout et le tout contient l’un : le corps embrasse les quatre autres agrégats qui ne peuvent exister sans le support de la forme ; de même que chaque aspect de la personne contient tous les autres aspects. Pourtant, en définitif, nous considérons que tout naît de la conscience, et qu’elle embrasse tous les agrégats y compris elle-même.