• Il nous est essentiel de nous sentir aimé

     Qu’est-ce qui fait la beauté d’une fleur ? Qu’est-ce qui lui donne tout son éclat, sa fraîcheur, sa fragrance, et tout ce qui fait d’elle qu’elle nous émerveille ? Qu’est-ce qui fait la beauté d’une fleur ?

    La lumière qu’elle reçoit, bien sûr, mais encore ? L’air, le terreau et l’eau du ciel, bien sûr, mais encore ? L’espace qui la contient et qui la manifeste, bien sûr… mais encore ?... Notre propre regard !

    Si nous ne sommes pas là pour regarder la fleur, la voir, la reconnaître, nous arrêter un moment auprès d’elle et l’apprécier, alors la fleur n’a aucune raison d’être pour nous, et surtout aucune raison d’être appréciée pour sa beauté et provoquer l’émerveillement.

    C’est parce que nous sommes là pour reconnaître et aimer la fleur que la fleur peut être belle à nos yeux et être révélée dans toute sa splendeur. C’est notre regard qui est beau à ce moment-là, et c’est ce regard attendri qui donne à la fleur sa beauté. Nous sommes par notre regard (…par notre écoute, notre odorat attentif, etc.), et par notre cœur des créateurs de vie ;  nous donnons vie à la fleur, nous lui donnons naissance. Par l’attention que nous lui offrons, nous la faisons exister.

    Et qui sommes-nous nous-mêmes ? Que sommes-nous tous sinon des fleurs dans le Jardin de l’humanité ?!

     Arrêtons-nous les uns auprès des autres, et écoutons un moment. Prêtons attention et écoutons d’une écoute toute particulière, porteuse et pleine d’amour, de bienveillance, d’affection et d’amitié ; écoutons l’autre qui est là, écoutons ce qu’il a à nous dire – il a besoin d’être écouté, au même titre que la fleur peut apprécier d’être regardée, humée, et reconnue pour sa beauté et sa fragrance.

    Ecoutons de telle sorte à reconnaître la fleur qui est là en chacun, au-delà des limites de son individualité, simplement parce qu’il est, elle est « fleur de la vie », fleur parmi les fleurs en son essence.

     Il n’est pas toujours facile d’écouter l’autre, n’est-ce pas ? Cet autre qui se plaint, qui souffre, qui critique, qui juge et condamne ; dont les paroles sont lourdes, chargées de négativité, difficiles à entendre et à porter…

    Il nous faut nous entraîner à reconnaître la souffrance qui est là quand elle s’exprime. Une personne qui exige beaucoup de notre attention, qui semble prendre de notre temps et de notre énergie plus qu’elle ne sait partager et donner elle-même, qui semble coûter à notre patience et à notre bienveillance, cette personne est telle une fleur qui a manqué d’eau et de lumière, et dont le terreau et l’environnement dans lequel elle a maladroitement poussé et a tâché de grandir tant bien que mal, s’est avéré insuffisant à sa croissance, peu fertile et peu nutritif. Une telle personne a souffert d’une sorte de malnutrition, ce qui a affecté sa santé physique et mentale, psychologique et morale.

    Reconnaître cela est le début de la compassion. La compassion est possible dès que nous savons reconnaître le caractère universel de la souffrance, à laquelle personne n’échappe. C’est parce que nous savons reconnaître la souffrance qui est là ou a été là un moment dans notre vie, que la compassion est possible et qu’elle peut s’éveiller naturellement dans notre cœur et notre esprit.

     En même temps, une personne submergée par sa souffrance, n’étant pas à même de reconnaître et apprécier les quelques conditions positives et favorables de son existence, tel que le simple fait d’être vivant par exemple, une telle personne ne peut s’éveiller facilement à la compassion, elle n’en a pas les ressources immédiates ; son esprit est privé de clarté, son cœur privé de bonté, car envahis par les ténèbres de la peur et de l’insécurité, de la colère et de l’injustice perçue ou subie, de la convoitise et de la jalousie qui l’accompagne, ou encore de la haine…

    Il nous faut nous entraîner à écouter à petites doses, à tester et reconnaître nos limites, nos réactions et nos propres affects. Ce genre de personne et de situation peut s’avérer d’un grand apprentissage pour nous ; et bientôt nous apprenons à élargir notre capacité à recevoir et à entendre les affres et les douleurs du monde, simplement parce que nous savons y reconnaître le caractère erroné d’une perception maladroite et blessée de l’ignorance.

     

    Savoir faire preuve d’une patience grandissante et d’une écoute toujours plus compatissante est un véritable remède et refuge pour celle et celui noyé dans la souffrance. Parce que nous avons suffisamment de sagesse et d’amour dans notre cœur, nous pouvons offrir à l’autre un regard et une écoute uniques, exceptionnels et merveilleux. Cette attention offerte généreusement à son frère, à sa sœur sur Terre, va opérer un véritable bienfait sur lui, sur elle, et sera même peut-être libérateur d’une souffrance ou d’une douleur ; par exemple, la douleur de la solitude générée par le fait de n’être pas écouté par les autres, de n’être pas regardé, reconnu, apprécié et aimé.

      Nous avons bien sûr besoin de lumière, de terreau, d’air et d’eau comme nourritures indispensables et essentielles à la fleur que nous sommes et à sa subsistance. Nous avons aussi encore besoin d’espace autour de nous pour exprimer notre personnalité, voire pour irradier notre présence, de sorte que l’espace nous révèle en même temps qu’il nous contient et qu’il nous manifeste. Prendre conscience de cet espace qui nous entoure, l’espace en tant qu’espace, c’est par là trouver le moyen d’apprécier sa propre présence générée par le souffle. Nous voyons ainsi que le souffle et l’espace œuvrent de concert pour nous faire vivre le présent, dans la présence du moment.

     Mais cela encore ne suffit pas. Il nous est essentiel de nous sentir aimé, de nous savoir aimé ! Et paradoxalement, impossible pour nous d’apprécier pleinement cet amour que l’on nous porte à moins d’y prendre part soi-même, d’y participer entièrement, c’est-à-dire à moins d’aimer à son tour et en tout premier lieu. Aimer… aimer la vie ; aimer le monde ; aimer la « florescence » du monde !