• La souffrance à l'hôpital

    Cher Phap Khi,

     

    Je suis très content que tu ailles bien. Les Cévennes vont peu à peu revêtir leurs couleurs d'automne et s'embellir de brumes et de soleils lumineux...que la nature est belle !!!

    ...

    Ma rééducation cardiaque se passe très bien, malgré la concentration de souffrances sans nom que l'on croise tous les jours dans les couloirs.

    J'ai bien conscience que les miennes sont dérisoires !

    J'ai beaucoup de compassion pour les unijambistes, accidentés de la route pour la plupart, qui se promènent sur des fauteuils roulants, leur prothèse sous le bras en attendant qu'ils aient appris à s'en servir pour se remettre debout (pour certains d'entre eux seulement, les autres resteront assis toute leur vie).

    Pour les hémiplégiques rescapés d'une attaque cardiaque mais qui se ''traînent'' ou que l'on pousse aussi sur des fauteuils roulants, à vie.

    Pour des personnes atteintes de tous les maux imaginables, quel que soit leur âge, et qui vivent une détresse absolue qui leur déchire l'âme, avec dans le regard tantôt une colère de révolte, tantôt une tristesse infinie, et tantôt un appel silencieux et suppliant dont il est difficile de ne pas se détourner.

    Sans parler de celles et de ceux, grabataires, qui sont d'un âge avancé et qui découvrent qu'ils sont en fin de vie, dans l'apparition d'une sénilité progressive et invasive. Souvent prostrés dans un demi sommeil, le jour comme la nuit, et qui par moments, peuvent paraître encore ''rechargés'' ponctuellement d'une énergie nouvelle pouvant se refléter dans un espoir utopique...

    Une fois de plus, Thây a raison : Les souffrances physiques et morales de notre monde sont grandes, et même à l'hôpital, nous n'en voyons qu'une infime partie.

    Quel bonheur de pouvoir être autonome, de pouvoir encore se rencontrer, échanger, partager, VIVRE !

    Les gestes du quotidien sont trop souvent sous-évalués dans notre habitude à les considérer comme acquis et dus.

    Je mesure la chance que j'ai de te connaître, d'avoir rencontré la Sangha, d'avoir accès à la pratique, à tout ce qui me permet de me rapprocher de la pleine conscience de ce qu'est la VIE, MA vie !

    Je mesure ainsi ce que mes souffrances ont de petit, de négligeable, et de BON !

     

    Cher Phap Khi, je pourrais te décrire avec force détails les souffrances innombrables présentes à l'hôpital, les dialogues que j'ai pu avoir avec les ''boiteux'', les ''béquillards'', les ''fauteuils'', sentir le désarroi de victimes innocentes, avec la peur d'une vie qui s'éternise dans une fin proche et inéluctable...mais je ne les atténuerais pas ainsi ni en réduirait le nombre. Ces souffrances-là ne s'écrivent pas avec des mots sans fin, contre des maux sans fin. Il suffit d'aller à leur rencontre...

     Mais pensons simplement qu'elles sont possibles pour chacun d'entre nous demain...

     

    Cependant, je suis dans une équipe de 20 patients, et l'ambiance est excellente. La camaraderie est spontanée, désintéressée et très agréable.

    Le personnel soignant est vraiment sympathique et à l'écoute de chacun. La plupart a connu Djamel.

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                                                                                                  Nîmes le 11 septembre 2012.

     

     

                                                                                                              Michel.