• La souffrance des autres

    La souffrance des autres 

    Dans mon bois de chênes verts, sous mon amandier
    mercredi 18 avril 2012, 22h00.

     

    Quand la première goutte frappa la tonnelle, son bruit ne me parvint qu'à l'entrée de l'oreille...

    Comme lorsqu'on entend sans écouter, comme quand on perçoit, mais sans le savoir...

    J'essayais depuis plusieurs minutes de diriger mes pensées sur des personnes que je ne connaissais pas mais qui devaient souffrir.

    Bien plus que moi.

    Loin de moi, ou plus proches ?

    Peu importe.

    Oui, j'ai brusquement éprouvé tout à l'heure un désir fort de me concentrer sur le chagrin d'inconnu(e)s, touché(e)s par la détresse et la douleur, le désarroi et le désespoir, les pleurs et les maladies physiques qui s'en suivent.

    ...à ces souffrances, trop ignorées et en même temps si présentes, si nombreuses, si vives et polyformes !

    ...à ces douleurs globalement répandues à la surface de la terre.

    ...présentes dans chaque famille, dans chaque foyer, dans chaque être, innocent, ignorant, et pourtant victime d'une des DEUX facettes de la Vie.

    Ces mêmes êtres de cesse en recherche de l'autre facette, celle que le soleil éclaire, celle que l'eau arrose, celle qui se lit dans les yeux des jeunes et moins jeunes, des femmes et des hommes, et même dans les yeux des animaux, lorsqu'elle apparaît : le bonheur !

    ...

    Et toc...une deuxième goutte de pluie résonna au-dessus de ma tête. De l'eau ! Source de vie, de joie et de bonheur.
    ...

    TOC toc toctoctoctoctoctoctoctoc...

    Cette pluie me provoqua une joie aussi brutale qu'intense et je l'envoyai à toutes ces femmes et ces hommes inconnu(e)s et en souffrance qui ne quittaient plus mes pensées.

    Ressentir la Compassion au plus profond de ses tripes provoque une douce douleur dans l'estomac que je ne peux comparer qu'à celle que provoque l'Amour !

    « Elle » fait mal et pourtant on s'y accroche, on y tient, on la recherche, et on la trouve délicieuse !!!

    En cet instant, la Compassion me piqua l'estomac quand je visualisai une foule grimaçante, gesticulante, bruyante...souffrir !

    Des enfants, des femmes, des cheveux blancs...et beaucoup de soldats, de la fumée, des explosions sourdes et dévastatrices, du sang, des cris, des fuites éperdues et désespérées...

    ...la vie quotidienne de milliers d'enfants qui n'ont rien connu d'autre depuis leur naissance......l'horreur !

    TOC ! TOC !

    Après une courte accalmie, quelques gros TOC se firent entendre. Puis les toc se multiplièrent à nouveau et se précipitèrent sur la tonnelle comme on donne l'assaut...une pluie crépitante, bienfaisante et limpide...

    Les grosses gouttes me rappelaient les coups de feu, leur crépitement les rafales d'armes automatiques, l'écoulement de l'eau dans la gouttière le bruit des chars dans la rue voisine, et tout à coup, une explosion à quelques mètres de moi, juste précédée par le tremblement du sol...

    Aveuglé par l'éclat de lumière, assourdi par la détonation, assailli par les chutes de pierre que l'explosion avait soulevé, terrorisé par l'obscurité, je finis par me ressaisir et constatai que la foudre venait de tomber à quelques mètres de moi...alors que j'étais chez moi, bien installé dans un fauteuil de jardin, protégé par ma tonnelle, en toute sécurité...

    Ici, pas de sang, pas de cris, pas de soldats en armes, pas de pierres... Juste un bruit de tonnerre et un éclair fulgurant...

    La PAIX...le bonheur...la Vie !                                                                                                                                                                                                                                                    Michel.