• • La voie de la guérison

     Pour guérir, il nous faut aimer. Pour guérir il nous faut nous dépasser. Seul dans cette offrande aux autres et à la vie, seul dans cet abandon du

    vouloir-pour-soi, seul dans cette soumission à la charité envers l’autre, pouvons-nous espérer guérir et même grandir, et plus encore devenir sain et fort dans notre être de vie, dans ce passage sur terre.

     

    Chacun, chacune de nous est appelé à enfanter.

    C’est pour cela que nous sommes malades, que nous avons mal, que nous souffrons. Nous avons tous pour mission d’enfanter notre humanité, notre part divine, notre être véritable, notre Christ vivant et ressuscité, notre nature de Bouddha. L’enfantement est appelé à se faire dans la douleur afin d’exprimer l’heure de vérité, et dans ce moment de vérité de faire naître la Lumière, d’exprimer la Beauté.

     

    Guérir signifie s’assumer, c’est-à-dire assumer sa douleur, sa souffrance. Dénués de subterfuges, dépourvus de placebos, libérés de toutes distractions, nous pouvons pleinement faire face au mystère de notre incarnation, assumant ses limitations, sa petitesse, nos défauts, nos peurs, nos doutes et nos colères.

     

    Vivre au service et dans l’amour du Christ peut très bien être compris comme l’exact équivalent bouddhiste du courant Mahayana concernant l’idéal du Bodhisattva, qui est de dédier sa vie à aider et sauver tous les êtres. En effet, faire naître cet idéal c’est choisir de vivre dans et par la charité envers son prochain, ce que le Christ a exprimé comme étant le commandement de Dieu par excellence : d’une part, « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toutes tes forces », et de manière concrète : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

     

    Etre malade c’est avant tout être malade de soi, pour soi, du soi. C’est le fait même de s’inquiéter pour soi et de se retrancher par là-même du monde, des autres, c’est-à-dire de s’aliéner, de se cloisonner et de se sentir et de se vivre donc « séparé » du reste de l’Univers. Cette illusion que nous créons alors, d’être un tout séparé du Tout, est la gangrène même de notre maladie. Notre esprit, lui, est le berceau de notre maladie. Notre mental, et la pensée dualiste et divisante qu’il génère, est à l’origine même de notre mal-être. Tant et si bien qu’une seule pensée peut suffire à nous rendre malade.

     

    La voie de la guérison passe par l’aptitude à transcender notre esprit du quotidien, prosaïque, petit et limité, et à s’ouvrir à une pensée plus grande tournée vers le monde, vers le Bien à souhaiter aux autres, à tous les autres y compris soi-même. C’est donc la nécessaire aptitude à l’altérité même de soi, la capacité et le désir de se montrer bienveillant envers la vie et toutes ses peines et ses douleurs. C’est la capacité à se montrer charitable et compatissant. C’est la voie de l’Amour désintéressé, expression d’une générosité véritable.

     

    Eh oui, pour guérir il nous faut être généreux. Et généreux avant tout en pensée, plus exactement à partir de la profondeur même de notre être. C’est en pensant aux autres avec affection chaleur et bienveillance que nous apportons la guérison et, au-delà, que nous « accouchons » du sens profond de notre présence ici sur terre, en cette vie ; autrement dit, du sentiment de notre utilité dans le service ainsi apporté à la vie.

     

    En cela, ce que chacun de nous vit concerne tous les autres… Nous voyons que nous avons le pouvoir de nous guérir les uns les autres, à condition de cultiver la paix, la patience et la sincérité dans notre esprit, dans notre cœur, dans notre personne toute entière.

     

    Chaque fois que nous nous posons un instant dans l’instant, pour revenir à qui nous sommes dans le moment, à ce que nous faisons là ; pour simplement respirer et rien d’autre, revenant ainsi à notre corps dans notre corps… Nous pouvons être sûrs alors que nous ne sommes pas seul sur terre, et que déjà nombre de personnes sont, au même moment, en méditation ou en prière quelque part, en quelque endroit du globe. Qui oserait à présent en douter? Et comment douter alors du simple fait que nous pouvons être, et que nous sommes, fondamentalement, reliés les uns aux autres par la force même de notre paix intérieure, par la pensée de notre cœur, par la quiétude et la bienveillance de notre être.

     

    Qu’à cela ne tienne : à nous d’y accéder, à nous de nous en donner les moyens. Bien sûr il faut être patient. Patient envers la maladie, patient envers soi-même ; patient envers notre corps et envers notre esprit. Le corps ne fait que manifester les symptômes de l’esprit, lui-même dépositaire de notre mal-être profond. C’est que nous ne nous connaissons pas. Nous sommes coupés, déliés de notre source intérieure, de notre appartenance à la vie, à l’Univers.

     

    En cela la méditation est une voie de connaissance de soi, une voie vers l’intériorité de son être et de la vie, un retour vers la source, vers sa demeure et son être originel ; une accession à l’Ouverture, une ouverture à la Présence.

     

    Bonne chance à nous. Quelles qu’en soient les apparences, l’évidence est là : nous sommes ici pour réussir ! Et nous y arrivons ensemble !