• Textes des soutras étudiés pendant la retraite

    Soutra  Pindapātapanisud

    Ekottara Agama, n°6, livre 41, volume 2, 773

     

                Voici ce que j’ai entendu :

                En ce temps-là, le Bouddha demeurait au monastère d’Anathapindika, dans le Parc de Jetta. Un jour, très tôt le matin, le Vénérable Shariputra sortit de sa cabane et alla voir le Bouddha. Il toucha la Terre devant lui et s’assit sur le côté. Le Bouddha dit alors à Shariputra : « Tu as l’air vraiment calme et  pur, ton visage et tes traits sont différents de ceux des autres. Dans quel samadhi, es-tu entrain de te réjouir ? »

                Vénérable Shariputra répondit : « Cher Bouddha, je me réjouis souvent dans une sorte de samadhi appelé le samadhi de la vacuité. »

                Le Bouddha dit au Vénérable Shariputra :

                - C’est merveilleux, Shariputra ! C’est merveilleux ! C’est extrêmement précieux que tu puisses te réjouir du samadhi de la vacuité. Pourquoi cela ? Parce que parmi les samadhi, celui de la vacuité est le plus élevé. Le bhikshu qui s’établit dans le samadhi de la vacuité peut transcender les notions de soi, d’être humain, d’être vivant et de durée de vie. Il peut également transcender les notions de racines des [phénomènes conditionnées]. Comme il transcende la notion de racines des phénomènes, il ne crée plus [de karma] les racines des phénomènes et ainsi il ne reçoit plus les conséquences de ses actions. Ne les recevant plus, il ne reçoit plus ni souffrance ni bonheur comme rétribution.

                « Shariputra, saches qu’à l’époque, alors que je ne réalisais pas encore l’éveil parfait, assis au pied de l’arbre de la boddhi, je me disais souvent : parce que les êtres ordinaires n’arrivent pas à maitriser les phénomènes, ils doivent tourner dans le cercle des naissances et des morts et ne peuvent pas en sortir. Ensuite j’ai découvert : parce qu’ils ne connaissent pas le samadhi de la vacuité, ils continuent à se noyer dans l’océan de la souffrance et n’ont pas l’opportunité d’arriver à l’autre rive de la libération. Le samadhi de la vacuité existe mais, ne connaissant pas cette pratique, les êtres ordinaires font naître perceptions et notions auxquelles ils s’attachent. Faisant naître des perceptions et des notions ordinaires comme cela, ils doivent subir le sort des naissances et des morts. Une fois qu’ils réalisent le samadhi de la vacuité, ils ne ressentent plus le besoin de poursuivre quoique ce soit, ainsi ils réalisent également le samadhi de la non–poursuite et transcendent donc les notions de naissance et de mort. Ici les pratiquants atteignent en même temps le samadhi de la non-forme et ressentent beaucoup de joie. N’accédant pas à ces trois samadhi, les êtres ordinaires continuent à tourner dans le samsara. Il faut observer les phénomènes jusqu’à parvenir au samadhi de la vacuité. En réalisant le samadhi de la vacuité, on atteint l’éveil parfait, l’éveil le plus élevé.

                « Shariputra, à ce moment-là, je suis parvenu au samadhi de la vacuité et pendant sept jours et sept nuits, assis au pied de l’arbre de la boddhi, j’ai continué à méditer, sans que mes yeux ne se fatiguent. Shariputra, pour cette raison, il faut savoir que le samadhi de la vacuité est le plus élevé des samadhi, le roi de tous les samadhi. Shariputra, tout le monde devrait chercher les moyens de pratiquer pour parvenir au samadhi de la vacuité. Toi aussi, tu devrais faire de même. »

                Après avoir entendu le Bouddha, le Vénérable Shariputra suivit ces instructions avec joie.

     

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    Soutra de la Grande Vacuité 

    Samyukta Agama, soutra n°297

     

    Voici ce que j’ai entendu dire :

    Un jour, le Bouddha résidait dans le village du peuple Kuru, qui élevait les vaches et les buffles. Alors le Bouddha dit aux bhikshus :

                Je vais vous parler du Dharma, bel enseignement du début, au milieu et à la fin. La signification et le  contenu de cet enseignement sont bons, beaux, purs [très bénéfiques pour la vie] de chasteté et pureté. C’est le soutra qui parle de la Grande Vacuité. Ecoutez attentivement et contemplez profondément.

                Qu’est le Soutra de la Grande Vacuité ? C’est : ceci étant, cela est ; parce que ceci naît, cela naît, c'est-à-dire à cause de l’ignorance, il y a la formation ; à cause de la formation, il y a la conscience, etc., et ce, jusqu’à la formation de toute souffrance.

                Concernant le détail : à cause de la naissance, il y a la vieillesse et la mort, il est possible que quelqu’un se pose la question : qui vieillit et meurt ? A qui appartiennent  la  vieillesse et la mort ? Cette personne y répondra probablement ainsi : je suis cette vieillesse et la mort, cette vieillesse et la mort sont moi-même.

                Affirmer que l’âme est le corps ou dire que l’âme et le corps sont deux choses différentes, même si la formulation est différente, revient à un contenu de même signification. Affirmer que l’âme et le corps font un, c’est une vue qu’un moine chaste [comme vous] ne partage pas. Dire que l’âme et le corps sont deux choses différentes, c’est une vue que le moine chaste ne partage pas non plus. Le moine chaste doit éviter ces deux extrêmes pour entrer dans la Voie du Milieu. C’est la vue juste, et non pervertie, de la réalité telle qu’elle est des grands sages. Cela signifie qu’à cause de la naissance, il y a la vieillesse et la mort, qu’il en est de même pour l’être, la saisie, le désir, la sensation, le contact des six organes des sens, le corps et l’esprit, la conscience, la formation et l’ignorance.

                Si l’autre personne se pose encore la question : qui est la formation, à qui appartient cette formation ? Elle répondra probablement : la formation est moi-même, la formation m’appartient. Elle voit que l’âme est le corps, ce que le moine chaste ne partage pas. Ou bien, elle voit que l’âme et le corps sont deux choses différentes, ce que le moine chaste ne partage pas non plus. Ce sont les deux extrêmes à abandonner pour aller droit à la Voie du Milieu. Les grands sages peuvent voir les choses tel quel et non de travers, c'est-à-dire à cause de l’ignorance, il y a la formation. 

                Bhikshus, si l'on arrive à abandonner l’ignorance, l’attachement et à faire naître la vision profonde, alors qui est cette vieillesse et la mort et à qui appartiennent cette vieillesse et la mort ? Si vous voyez ainsi, la vieillesse et la mort cesseront. A ce moment-là, nous savons que leurs racines seront tranchées comme le sommet d’un palmier coupé, elles n’auront aucune chance de repousser dans l’avenir. Si le bhikshu réussit à quitter l’ignorance et l’attachement et à faire naître la vision profonde, alors qu’est la naissance et à qui appartient cette naissance ? C’est ainsi que l’on examine : qu’est la formation, à qui appartient la formation ? Alors la formation cessera. A ce moment-là, nous savons que leurs racines (naissance et mort) sont tranchées comme le sommet d’un palmier coupé, elles n’auront aucune chance de repousser dans l’avenir. Si le bhikshu réussit à quitter l’ignorance et l’attachement et à faire naître la vision profonde, il comprend alors qu’à cause de la cessation de l’ignorance, la formation cesse, etc., et ce,  jusqu’à la cessation de la totalité de la souffrance. C’est le Soutra de la Grande Vacuité.

    Après avoir entendu le Bouddha l’exposer, les bhikshus l’ont mis en pratique avec joie.

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    Soutra de la Libération de l’Attachement aux Vues de l’Eternalisme et de l’Annihilation 

    Samyukta Agama, soutra n°300

     

                Voici ce que j’ai entendu :

                A cette époque, le Bouddha résidait dans un village du peuple Kuru, qui élevait des vaches et des buffles. Un jour, un brahmane étranger rendit visite au Bouddha, il échangea les formules habituelles de salut. Après cela, il s’assit sur le côté [devant le Bouddha].

                - Moine Gotama, lui demanda-t-il, est-ce que celui qui crée le karma et celui qui reçoit la rétribution font un ? 

    - Je vois que ce n’est pas nécessaire de répondre à cette question, lui répondit le Bouddha. Que celui qui crée le karma et celui qui reçoit la rétribution soient ou non la même personne, c'est une question qui n’a pas de sens. 

                - Alors, Gotama, celui qui crée le karma et celui qui reçoit la rétribution sont-ils deux personnes différentes ? 

                - Qu’une personne crée le karma, et qu’une autre reçoive la rétribution, lui répondit le Bouddha, c’est une question qui n’a pas plus de sens. Je ne vais pas vous répondre.

                - Quand je demande si la personne qui crée le karma et la personne qui reçoit la rétribution sont la même personne, vous dites que cette question n’a pas de sens. Et quand je demande si la personne qui crée le karma et la personne qui crée la rétribution sont deux personnes différentes, vous dites également que cette question n’a pas de sens et vous ne répondez pas. Qu’est-ce que cela veut dire ?

    - Dire que la personne qui crée le karma et la personne qui reçoit la rétribution font un, dit le Bouddha au brahmane, c’est tomber dans l’éternalisme. Dire que ce sont deux personnes différentes, c’est tomber dans l’annihilation. En expliquant le Dharma et sa signification, [je] quitte ces deux [vues] extrêmes et ne fais que suivre  la voie du Milieu. Cela veut dire que ceci étant, cela est ; ceci naît, alors cela naît ; basée sur l’ignorance, il y a formation, etc. et ce, Jusqu’à l’accumulation de tout un bloc de souffrance. Quand l’ignorance cesse, la formation cesse, etc. et ce, jusqu’à ce que toute la souffrance se dissolve.

    Après avoir entendu le Bouddha, le brahmane se leva, le salua et s’en alla joyeux. 

     

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    Soutra de la Vacuité vue à la Lumière de la Vérité Ultime

    Samyukta Agama, soutra n° 335 (voir aussi le soutra n°297)

     

    Voici ce que j’ai entendu :

                A cette époque, le Bouddha résidait dans un village du peuple Kuru, qui élevait les vaches et les buffles. Un jour, le Bouddha s’adressa aux bhikshus :

                Je vais vous parler d’un enseignement qui est beau au début, beau au milieu et beau à la fin, un enseignement dont la signification et le contenu sont beaux, purs, [et très bénéfiques] à la vie de chasteté et de pureté. C’est l’enseignement de la Vacuité dans l’esprit de la vérité ultime. Ecoutez- moi bien.

                Qu’est l’enseignement de la Vacuité dans l’esprit de la vérité ultime ? Bhikshus, quand les yeux apparaissent, ils ne viennent de nulle part et quand ils se décomposent, ils ne vont nulle part non plus. Cela signifie que les yeux apparaissent mais n'ont pas de nature véritable. Ainsi, s’ils apparaissent, ils devront se décomposer. L’action et la rétribution existent mais il n’y a pas d’auteur. Quand cet agrégat cesse, un autre continue. Ceci est également vrai pour toutes les autres désignations conventionnelles comme les oreilles, le nez, la langue, le corps et le mental. Les désignations conventionnelles sont des phénomènes [produits et détruits] selon le principe : ceci étant, cela est ; ceci naît, parce que cela naît ;  à cause de l’ignorance, il y a la formation ;  à cause de la formation, il y a la conscience, etc., jusqu’à la production de tout un bloc de souffrance. De même, parce que ceci n’est pas, cela n’est pas ; parce que ceci cesse, cela cesse ; parce que l’ignorance cesse, la formation cesse ; parce que la formation cesse, la conscience cesse, etc., jusqu’à la cessation totale de la souffrance.

                Bhikshus, ceci est le Soutra de la Vacuité vue à la Lumière de la Vérité Ultime.

                Après avoir entendu cet enseignement du Bouddha, les bhikshus le mirent en pratique avec joie.

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    Soutra du Monde Complètement Vide 

    Samyukta Agama, soutra n°232 (voir aussi le soutra n°273)

     

                Voici ce que j’ai entendu :

                En ce temps là, le Bouddha résidait dans le monastère d’Anathapindika dans la ville de Sravasti. Un jour, un bhikshu appelé Samrddhi se rendit à l’endroit où le Bouddha était assis, il toucha la Terre devant lui, s’assit sur le côté et lui posa la question suivante :

                - Cher Maître, [vous avez dit que] le monde est complètement vide. Que signifie le monde est vide ?

                Le Bouddha enseigna Samrddhi :

                - Les yeux sont complètement vides et ne sont pas [de nature] permanents, ils sont changeants et [également] dépourvus de soi et d’objet de soi. Pourquoi ? Parce que c’est comme cela. Si l’objet des yeux, la conscience des yeux, le contact des yeux et les conditions du contact des yeux sont suffisants, alors la sensation naît, qu’elle soit agréable, désagréable ou neutre. Cette sensation est également vide, elle n’est pas [de nature] permanente, elle est changeante et dépourvue [de soi et] d’objet de soi. Pourquoi ? Parce que c’est comme cela. [Les yeux sont comme cela] ainsi que les oreilles, le nez, la langue, le corps et le mental. C’est pourquoi je dis que le monde est complètement vide.

                Après que le Bouddha eut achevé cet enseignement, le bhikshus Samrddhi le suivit et le mit en pratique.

     

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    Soutra  « Toutes les Formations sont Vides » 

    Samyukta Agama, soutra n°273

     

     

    Voici ce que j’ai entendu :

    En ce temps, le Bouddha résidait au monastère d’Anathapindika (Jetavana) dans la ville de Sravasti. Un jour, le Bouddha s’adressa aux bhikshus :

    Comme deux mains qui frappent provoquent du bruit, quand les yeux sont en contact avec l’image, cela fait naître la conscience visuelle. Quand ces trois éléments (yeux, image, conscience)  sont rassemblés, cela fait naître le contact. Le contact fait naître la perception et la volition. Tous ces phénomènes sont dépourvus d’un soi et ne sont pas permanents.  [Si l’on dit que c’est un soi, alors] c’est un soi impermanent, non éternel, non stable, changeant. Pourquoi ? Bhikshus, parce que ce sont des phénomènes produits qui doivent passer à travers la production, le vieillissement et la destruction.

    Bhikshus, les formations (phénomènes) sont toutes comme de la magie, comme les flammes qui durent le temps d’un clin d’œil, elles s’arrêtent (prennent fin). Elles ne viennent ni ne partent vraiment. C’est pourquoi, bhikshus, à propos de ces formations vides, vous devriez les comprendre, garder votre joie, les contempler. Souvenez-vous toujours qu’elles sont impermanentes, qu’elles ne sont pas éternelles et ne durent pas, qu'elles changent continuellement et sont dépourvus d’un soi et d’objet de soi. Comme c’est le cas des yeux, des oreilles, du nez, de la langue, du corps et du mental. Quand les conditions telles que le mental et l’objet du mental sont présents, la conscience du mental se manifeste. Le mental, l’objet du mental et la conscience du mental se manifestent, alors cela mène au contact, à la sensation, à la perception et à la volition. Tous ces phénomènes sont impermanents, dépourvus de soi et d’objet du soi. (version abrégée)

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    Soutra Chanda

    Samyukta Agama n°262

     

    Voici ce que j’ai entendu :

    En ce temps-là, plusieurs vénérables moines vivaient ensemble au Parc des Cerfs à Isipatana dans la ville de Vārānasī. Le Bouddha venait d’entrer en nirvana depuis peu de temps.

    Un matin, le bhikshu Chanda revêtu de sa robe, tenant son bol, entra dans la ville de Vārānasī pour mendier sa nourriture. Après avoir reçu sa nourriture et pris son repas de midi, le bhikshu rangea sa robe et son bol, se lava les pieds. Tenant sa clé, il alla de forêt en forêt, de cabane en cabane, d’allée de méditation en allée de méditation. Où qu’il aille, le bhikshu s’adressait [ainsi] aux Vénérables moines :

    - Chers Vénérables, s’il vous plaît, enseignez-moi, parlez-moi du Dharma pour m’aider à comprendre les enseignements du Bouddha, à les voir, ainsi je comprendrais vraiment le Dharma et le contemplerais correctement.

    Alors, les Vénérables moines lui répondaient :

    - Le corps est impermanent. La sensation, la perception, la formation mentale et la conscience sont également impermanents. Toutes les formations sont impermanentes. Tous les phénomènes sont dépourvus de soi et le nirvana est la paix et le calme.

    Le bhikshu Chanda dit aux Vénérables moines :

    - Je sais déjà que le corps est impermanent, que la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience sont également impermanents. Je sais que toutes les formations sont impermanentes, que tous les phénomènes sont dépourvus de soi et que le nirvana est la paix et le calme. Mais je ne suis pas satisfait [d’entendre] que toutes les formations sont vides, qu’elles sont insaisissables et que le nirvana n’est possible qu’avec la cessation des désirs. S’il en est ainsi, alors y-a-t-il un soi (un sujet) qui connaît vraiment [la vérité], voit vraiment [la vérité], pour que l’on puisse dire « voir le Dharma »? 

    Le bhikshu Chanda répéta 2 fois puis 3 fois cette question. Il se demanda, alors : « Parmi ces Vénérables moines, qui est capable de m’enseigner et de m’aider à connaître et à voir le Dharma ? » Puis il pensa : « Le Vénérable Ānanda réside actuellement dans le Parc Ghosita à Kosambi. Il était proche du Bouddha, il était son intendant. Le Bouddha le complimentait et tous les moines chastes le connaissent. Ce Vénérable moine est certainement capable de m’enseigner et de m’aider à connaître et à voir le Dharma. »

    Le bhikshu se reposa et dormit jusqu’au lendemain. Le matin, revêtu de sa robe et tenant son bol, il entra dans la ville de Vārānasī pour mendier la nourriture. Après avoir reçu sa nourriture et terminé son déjeuner, il rangea son lit. Après l’avoir rangé, revêtu de sa robe et tenant son bol, il prit le chemin de Kosambi. Etant passé par plusieurs étapes, il arriva, posa sa robe et son bol, se lava les pieds et se rendit à l’endroit où le Vénérable Ananda résidait. L’ayant salué, il s’assit sur le côté. Il demanda alors au Vénérable Ānanda :

    - Cher Vénérable, quand plusieurs Vénérables moines demeuraient au Parc des Cerfs à Isipatana, dans la ville de Vārānasī, un matin, revêtu de ma robe et tenant mon bol, j’entrais dans la ville de Vārānasī pour mendier ma nourriture. Après l’avoir reçu et pris mon repas de midi, je rangeais ma robe et mon bol, me lavais les pieds. Tenant ma clé, j’allais de forêt en forêt, de cabane en cabane, d’allée de méditation en allée de méditation. Où que j’aille, quand je rencontrais les Vénérables moines, je leur demandais de m’enseigner et de me transmettre le Dharma pour m’aider à connaître et à voir les enseignements du Bouddha. Alors, les Vénérables moines m’enseignaient en disant que le corps est impermanent que la sensation, la perception, la formation mentale et la conscience le sont également, que toutes les formations sont impermanentes et tous les phénomènes sont dépourvus de soi et que le nirvana est la paix et le calme. A ce moment-là, je leur disais : « Je sais déjà que le corps est impermanent, que la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience le sont également. Je sais que toutes les formations sont impermanentes, que tous les phénomènes sont dépourvus de soi et que le nirvana est la paix et le calme. Mais je ne suis pas satisfait d’entendre que toutes les formations sont vides, qu’elles sont insaisissables et que le nirvana n’est possible qu’avec la cessation des désirs. S’il en est ainsi, alors y-a-t-il un soi (un sujet) qui connaît vraiment [la vérité], voit vraiment [la vérité], pour que l’on puisse dire « voir le Dharma » ? » Alors je me suis demandé : « Parmi ces Vénérables moines, qui est capable de m’enseigner et de m’aider à connaître et voir le Dharma ? » Puis j’ai pensé que le Vénérable Ānanda résidait actuellement dans le Parc Ghosita à Kosambi, qu’il avait été proche du Bouddha, qu’il avait été son intendant, que le Bouddha le complimentait et que tous les moines chastes le connaissaient. Ce Vénérable moine est donc certainement capable de m’enseigner et de m’aider à connaître et voir le Dharma. 

    « Cher Vénérable Ānanda, maintenant, enseignez-moi s’il vous plaît, et aidez-moi à connaître et voir le Dharma. »

    Le Vénérable Ānanda répondit alors à Chanda :

    - Formidable, Chanda, je suis très content, je suis heureux pour vous parce que vous êtes capable de vous tenir devant les moines chastes, sans cacher [ce que vous avez dans le cœur], pour chercher à enlever les épines des illusions [en vous]. Chanda, les êtres ordinaires et ignorants sont incapables de comprendre que le corps est impermanent, que la sensation, la perception, la formation mentale et la conscience le sont. Ils ne savent pas que toutes les formations sont impermanentes, que tous les phénomènes sont dépourvus de soi et que le nirvana est la paix et le calme.

    « Comme vous êtes capable de recevoir les enseignements profonds, maintenant, écoutez-moi attentivement, c’est pour vous que je vais partager. »

    A ce moment-là, Chanda pensait : « J’ai une telle joie, un tel sentiment extraordinaire de me rendre compte que je peux de recevoir le Dharma merveilleux. »

    Le Vénérable Ānanda dit à Chanda :

    - J’ai entendu directement le Bouddha enseigner au Vénérable Mahakatyayana de la manière suivante : « Les gens du monde ont souvent tendance à s’attacher aux deux extrêmes : la vue de l’être et la vue du non être. Parce qu’ils sont pris dans les mondes [des personnes qui perçoivent], il y a de l’attachement dans leur esprit. Quand une personne ne reçoit [rien], ne saisit [rien], ne se tient pas dans l’attachement, ne s’accroche pas à un soi, alors cette personne verra que quand [les conditions de la souffrance] sont suffisantes, la souffrance naît, quand [les conditions de la souffrance] cessent, la souffrance cesse [sans avoir besoin d’un soi et les notions être et non être ne peuvent pas s’y appliquer. Et puis Katyayana [ayant compris cela], ces personnes n’ont plus aucun doute et ne sont plus [manipulés] par la souffrance. Cette vue n’est transmise par personne. Elle est le fruit de leur propre réflexion. C’est ce que l’on nomme la vue juste, ce dont le Tathāgatha a parlé.

    « Pourquoi cela, Katyayana ? Quand une personne contemple correctement la manifestation du monde, elle ne fait pas naître la notion du non être et quand elle contemple correctement la dissolution du monde, elle ne fait pas naître non plus la notion de l’être. Katyayana, le Tathāgatha abandonne ces deux notions extrêmes et enseigne la Voie du milieu. Ce qui signifie, cela étant, cela est, ceci naît parce que cela naît, à cause de l’ignorance, il y a la formation, etc. et ce, jusqu’à la naissance, la vieillesse, la mort, la tristesse, les peines. C’est la formation de la souffrance. Cela signifie que ceci n’est pas parce que cela n’est pas, ceci cesse parce que cela cesse, grâce à la cessation de l’ignorance, la formation cesse, et ce jusqu’à la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort, la tristesse, les peines. C’est la cessation de la souffrance. »

    Pendant que le Vénérable Ānanda enseignait, le bhikshu Chanda parvint à l’état libre de toute souffrance et il réalisa la vision pure. Il vit le Dharma, réalisa le Dharma, connut le Dharma, le fit prospérer et se libéra de tout doute. Sa vision ne fut transmise par personne. Avec les enseignements du grand maître, il accéda à l’état de non peur. Les mains jointes, il dit respectueusement au Vénérable Ānanda :

    - C’est vrai, vous êtes vraiment un pratiquant chaste, un ami sage, un enseignant capable d’instruire, de guider et d’enseigner [merveilleusement]. Maintenant que j’ai entendu vos enseignements, j’ai vu que tous les phénomènes sont complètement vides, calmes et silencieux de nature, insaisissables. C’est seulement en ayant abandonné tout désir et tout attachement que l’on accède à la paix et au silence complet qui est le nirvana. A ce moment-là, notre esprit est paisible et heureux, il s’établit dans la liberté sans retour, sans plus voir le soi mais seulement le Dharma véritable. 

    Le Vénérable Ānanda dit au bhikshu Chanda :

    - Vous avez réalisé maintenant le grand bénéfice sain, vous avez obtenu l’œil de la sagesse des êtres nobles, des enseignements profonds du Bouddha.

    Les deux grands êtres furent heureux l’un pour l’autre. Ils se levèrent et retournèrent à leur monastère.

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    COMMENTAIRES SUR LA VOIE DU MILIEU, chapitre 15

    Contemplations sur l'être et le non être

     

    1.      La nature propre des choses est dans la condition,

    Ceci n'est pas logique.

    Si la nature propre est née de la condition,

    Alors, c'est une chose produite.

     

    Ce n'est pas correct de dire que la nature propre des choses se trouve déjà dans les conditions car si elle vient des conditions alors c'est une chose produite.

     

    2.      La nature propre est une chose produite,

    Ceci n'a pas de sens.

    La nature des choses doit être non produite

    Et ne dépend de rien pour être.

     

    Dire que la nature propre des choses est une chose produite, ceci n'a pas de sens car elle n'a pas besoin d'être produite pour être là. Elle est sans dépendre de rien.

     

    3.      Si les choses n'ont pas de nature propre,

                     Elles n'ont pas non plus la nature d'autrui.

          La nature propre de ceci

          Est la nature d'autrui de l'autre.

     

    Si les choses n'ont pas de nature propre, comment peuvent-elles avoir la nature d'autrui ? Pour cette nature d'autrui, cette nature propre [doit] être également considérée comme la nature d'autrui (svabhava et parabhava).

     

    4.      Sans la nature propre et la nature d'autrui,

    Comment peut-il y avoir des choses ?

    Seulement avec la nature propre et la nature d'autrui,

    Les choses existent.

     

    Sans la nature propre et la nature d'autrui, comment peut-il y avoir des choses ? C'est seulement quand la nature propre et la nature d'autrui existent, que les choses existent.

     

    5.      Même avec la nature propre, les choses ne peuvent pas être produites.

    Comment le peuvent-elles, si elles n'ont pas de nature propre ?

    Parce que l'être existe,

    Il est détruit et devient le non être.

     

    Même quand elles ont la nature propre, les choses ne peuvent pas être produites. Alors comment le peuvent-elles si elles n'ont pas de nature propre ? Parce que les choses sont (être), quand elles sont détruites, elles ne sont plus (non être).

     

    6.      Celui qui parle de l'être et du non être,

    Qui voit la nature propre, la nature d'autrui,

    Ne comprend pas

    La signification véritable des enseignements du Bouddha.

    Celui qui voit encore l'être et le non être, la nature propre et la nature d'autrui, ne comprend pas encore la signification véritable du Dharma.

     

    7.      Le Bouddha a éteint l'être et le non être

    Dans le soutra Kaccayana,

    Il a exposé les enseignements

    Qui transcende l'être et le non être.

     

    Le Bouddha est capable de transcender les notions d'être et de non être. Dans le soutra enseigné à Kaccayana, il a parlé du lâcher-prise des deux notions être et non être.

     

    8.      Si les choses ont leur nature propre,

    Elles ne peuvent pas devenir non être.

    Ce n'est pas logique

    Quand la nature propre change.

     

    Si les choses ont vraiment leur nature propre, elles ne peuvent pas devenir non être. Si elles l'ont et changent de forme, ceci n'est pas logique.

     

    9.      Si les choses ont leur nature propre,

    Comment peuvent-elles changer ?

    Si elles n'en n'ont pas,

    Peuvent-elles aussi changer ?

     

    Si les choses ont vraiment leur nature propre, comment peuvent-elles changer ? Et si vraiment elles n'en ont pas, peuvent-elles aussi changer ?

     

    10.  Parler de l'être, c'est l'attachement à l'éternalisme,

    Parler du non être, c'est l'attachement à l'annihilation.

    Les sages ne s'attachent pas,

    Ni à l'être, ni au non être.

     

    En disant que les choses ont leur nature propre, on est pris par l'attachement à la vue de l'éternalisme. En disant que les choses n'existent pas, on est pris par l'attachement à la vue de l'annihilation. Les sages sont libres des notions d'être et de non être.

     

    11.  Si les choses ont leur nature propre et ne peuvent devenir non être,

    Alors c'est l'éternalisme.

    Si elles étaient et maintenant ne sont plus,

    C'est l'annihilation.          

    Si nous voyons que les choses ont leur nature propre et qu'elles ne peuvent pas devenir non être, nous sommes emprisonnés par la notion éternalisme. Si nous disons qu'elles étaient et deviennent non être, nous sommes pris dans la notion d'annihilation.