• Un enfant sous sa protection

     

            Imaginez que vous ayez dans votre vie, dans votre maison, un enfant qui vit avec vous ; un enfant tout doux, tout gentil, calme, tranquille, discret, aimable… Cet enfant est là chaque jour qui vit avec vous dans votre maison ; il ne dit rien, ou presque rien ; c’est-à-dire qu’il ne dit jamais rien ‘‘de trop’’, jamais rien de désobligeant. Il est là qui attend sans faire de bruit, dans le silence et la quiétude ; il attend que vous soyez là pour vous deux, que vous soyez enfin disponible, attentif, présent. Il ne s’impatiente jamais, il ne s’irrite pas si vous tardez à venir ; il accepte tout naturellement, sans effort, que vous soyez occupés à mille autres choses qui vous empêchent d’être avec lui. Simplement il sait qu’à un moment donné la maison sera rangée et propre, que vous aurez fini de préparer le repas, que vous aurez répondu au téléphone, fait les courses, terminé de vous préparer vous-même pour la journée, pour le monde… Alors, il vous accueillera avec un sourire doux et généreux, plein de bienveillance et de joie innocente.

             Cet enfant est sous votre protection, sous votre responsabilité. Il est jeune, naïf et bon, et donc fragile et vulnérable car dépourvu de toute malveillance, de toute malice. Il dépend ainsi entièrement de vous, de votre attention, de votre disponibilité, de votre bienveillance. Vous êtes son lien direct au monde, sa fenêtre sur la vie.

           En retour, cet enfant est pour vous un baume de douceur, de paix, de bien-être et d’amour dans votre vie. Vous riez ensemble, vous écoutez ensemble, vous aimez ensemble. Il vous tient la main sans effort, généreusement et tout naturellement. Il n’attend rien de vous en échange de sa douceur ; il n’exige jamais rien. Il est libre, et reçoit ce qui est donné comme ce qui n’est pas donné, au  moment où ça l’est et tel que c’est.

            En vérité, cet enfant est la Vie, et vous prenez conscience à chaque jour qui passe que cet enfant dans votre maison, dans votre vie, est votre lumière. Il est ce trésor de sensibilité et de douceur qui donne du sens à votre existence, car par sa seule présence et par qui il est, tel qu’il est, il exprime et manifeste l’essence de la vie sur Terre. On le sent proche des êtres de la nature : les animaux, grands et petits, les insectes même, les arbres, les fleurs, l’herbe sous toutes ses formes, le vent et la lumière du soleil.

           A mesure que croît votre reconnaissance du précieux joyau qu’il est dans votre vie, vous vous rendez de plus en plus souvent auprès de lui pour vous nourrir de la lumière et la chaleur de son amour. Il devient très vite la priorité des priorités, et vous retournez auprès de lui avec votre entière conscience le plus fréquemment possible, même à distance lorsque vous vous trouvez en dehors de la maison… et vous réalisez bientôt, vous comme lui, que vous n’êtes ainsi jamais séparés.

     

          Quel est cet enfant pour chacun et chacune d’entre nous ? Il est nous-même !

               Que représente-t-il dans nos vies respectives ? Il est l’émerveillement !

           Oui, il est la cause de l‘émerveillement, qualité spontanée de l’esprit ouvert et épanoui, et seule possible dans l’entière présence.

           Cet enfant dans notre maison, dans notre vie, c’est nous-même. Notre maison, c’est notre demeure physique, à savoir en premier lieu notre corps au sein duquel se vit notre intimité à nous-mêmes et à la vie.

           Cette enfant dans notre vie, c’est la présence, et c’est notre relation à nous-mêmes, dans notre corps, par le retour notamment à notre respiration. Plus nous revenons à notre respiration, et donc à ce rapport à nous-même en rentrant ainsi à la maison, plus nous apprenons à nous connaître et à nous reconnaître. Nous apprenons ainsi à retourner à un espace de paix et de douceur grandissantes, tout à l’intérieur de soi, et où s’installe un sentiment de confiance, de sécurité, tel un refuge à l’abri des discordances, tel un havre où règne l’harmonie.

            Le temps passé dans cette relation à nous-même ne fait que croître ; c’est parce que nous nous y sentons bien. Notre respiration nous y achemine et elle est à l’image de cet enfant chéri dont il est question dès le début : cet enfant de la vie. Cet enfant n’est autre que nous-mêmes, et la présence à la fois réconfortante et ressourçante que nous découvrons en nous chaque fois davantage, est elle aussi à l’image de la présence de cet enfant que nous sommes et de toutes nos qualités qui se dévoilent alors, comme la douceur, la patience infinie, la bonté, la joie, l’amour et la compassion.

            Plus nous revenons auprès de cet enfant, à notre respiration, plus le calme de sa présence nous gagne et la quiétude s’installe en nous. Ceci est l’équivalent de l’aspect de la méditation appelé « Samatha », le développement du calme mental. Les tensions s’apaisent, la nervosité et l’anxiété s’estompent, le calme revient dans notre corps, dans notre vie, après un long temps de discorde et d’égarement, de trouble et de chaos.

              Nous devons apprendre à cultiver l’art et l’attention de la respirations si nous voulons aller bien dans notre vie, si nous voulons établir une fondation solide au bonheur et à la paix. Et cela ne peut faire l’impasse d’une relation soutenue et soignée à soi-même, c’est-à-dire à la réalité de qui nous sommes en ce moment dans notre vie.

             Et d’ailleurs : qui sommes-nous en ce moment dans notre vie ?

     

            Cet enfant est fragile, vulnérable car extrêmement sensible à l’âme de la vie. Notre respiration est fragile, en ce sens qu’elle est le garant de notre intimité à nous-même, le « filament » de notre bien-être physique et mental. Elle est fragile, nous devons en prendre soin et y porter toute notre attention.

            Lorsque nous découvrons la richesse immense que représente dans notre vie la présence de la douceur d’un tel enfant, nous ne pensons plus qu’à une chose en priorité, celle de protéger et prendre soin de cet enfant dont la douceur est à la fois notre trésor et la lumière de notre amour au cœur de notre vie.

           Comprenant cela, voyant enfin que ce nectar de joie éternelle est au cœur de nous-même et non ailleurs, au cœur de notre être et pour chacun de nous en son for intérieur, comment pouvons-nous dès lors déserter plus longtemps cette présence à nous-même, à notre respiration, et négliger encore cette qualité d’attention qui ne sera jamais de trop, et qui toujours attendra qu’on y revienne, qu’on lui donne le jour, comme cet enfant calme et discret qui ne se plaind jamais, qui simplement attend notre retour à la fenêtre de notre maison, attend dans le temps qui passe… attend…

     

           Plus nous passons de temps avec cet enfant, avec notre respiration, plus il nous amène à voir l’essentiel qui est présent tout le temps et partout dans notre vie, au travers même de toutes les situations. Cette interaction rapprochée avec la vie conduit à plus d’acuité, de profondeur et de justesse dans notre relation aux choses et aux êtres, à nous-même, à notre univers psychologique et émotionnel, aux situations du quotidien… Cette attention d’esprit concentrée nous mène au cœur de la réalité des phénomènes, et nous fait voir la vie qui s’exprime dans ce qu’elle est véritablement : nous voyons le vrai visage de ce qui s’exprime en pensée, en parole, en acte, sans en être effrayé et avec beaucoup de simplicité et de paix dans le cœur. Notre esprit est clair. En d’autres mots, nous accédons à la transparence des choses et des êtres, à la vérité de ce qui est. Cette approche correspond au second aspect de la méditation appelé « Vipassana ». Et lorsque nous reconnaissons, au travers de ce regard franc, la souffrance et sa douleur qui ne manqent pas de se manifester en nous et chez les autres si souvent, subtile ou grossière, , alors la compassion se communique sous la forme d’un amour généreux et abondant pour tous,  y compris pour soi-même !

     

    Un enfant sous sa protection

     (cliquer sur l'image pour l'agrandir)