• Un regard attentif

         

           Imaginons une personne, puis dix, vingt, cinquante et cent personnes se trouvant dans une même maison, dans une même pièce, et étant toutes unanimement ‘en colère’ … mais s’interdisant de l’extérioriser !

          Si l’on vient à entrer dans cette maison, on pourra tout de suite sentir l’atmosphère tendue, lourde et pesante émanant de la pièce. Nous serons sensibles aux vibrations des énergies de colère présentes dans toute la pièce, ce avant même de pénétrer dans la maison ! Nous pourrons sentir l’atmosphère électrique et chargée à peut-être un mètre, dix, vingt, cinquante ou cent mètres de distance, si ce n’est encore à un kilomètre ou plus de la maison.

           Imaginons à présent une personne, puis dix, vingt, cinquante et cent personnes se trouvant dans une même maison, dans une même pièce, et étant toutes unanimement ‘remplies de joie’… mais se retenant de l’extérioriser !

          Si l’on vient à entrer dans cette maison, on pourra tout de suite sentir l’atmosphère détendue, légère et enivrante émanant de la pièce. Nous serons sensibles aux vibrations des énergies de joie présentes dans toute la pièce, ce avant même de pénétrer dans la maison ! Nous pourrons sentir l’atmosphère élevée et joviale à peut-être un mètre, dix, vingt, cinquante ou cent mètres de distance, si ce n’est encore à un kilomètre ou plus de la maison.

          Il en est ainsi grâce à certaines de nos cellules qui sont réceptives, à un niveau subtil, à une fréquence spécifique ; elles nous communiquent ainsi l’information sous forme de message intuitif venant à se développer au niveau de la conscience par la pensée ou l’imagerie.

          Cette maison est notre corps, et la pièce où se trouvent toutes ces personnes est le siège de nos émotions. Parfois, une seule émotion peut donner suite à dix, vingt, cinquante ou cent émotions qui se bousculent et se disputent la place pour s’exprimer. Selon la qualité de celles-ci, positive ou négative, selon qu’elles relèvent de la frustration, de la colère ou de la peur, ou au contraire de la joie, de l’allégresse et de l’amour, si nous savons écouter d’une écoute subtile, avec habileté, nous pourrons déceler ce qui se présente soit comme un danger, un volcan prêt à l’éruption, soit comme un feu d’artifice prêt à tout illuminer, une jubilation qui ne demande qu’à se faire partager. De là nous apprendrons à prévenir la tempête ou encore à renforcer l’anti-cyclone (anti-tempête !).

          Cette approche est décrite par le Bouddha comme l’Effort Juste constituant l’un des éléments du noble octuple sentier permettant de mettre fin à la souffrance, et se déroulant en quatre étapes :

             1°Prévenir les états mentaux négatifs tels que la colère, le doute ou la peur, et, sur la base de notre attention vigilante, les maintenir dans un état passif, inopérant, dormant.

             2°Une fois ces éléments perturbateurs déjà manifestés dans la sphère de notre conscience faute d’une attention suffisante au préalable, notre attitude consistera alors à les faire retourner à la base de notre conscience d’où ils se sont élevés, ce par une présence bienveillante, douce et patiente, mais ferme et déterminée de notre part. Nous observerons comme tout est impermanent, et donc sans substance réelle ou fondée : nous apprendrons à reconnaître comment apparaissent et disparaissent les pensées, les émotions, les phénomènes psycho-physiques en général, allant et venant d’instant en instant et sans cesse renouvelés par la production de notre propre conscience.

           3°Inviter les états mentaux positifs, optimistes et porteurs de joie et de confiance à se manifester dans la sphère de notre conscience : prêter une attention renouvelée aux choses belles, que ce soient des rencontres, des paroles, un paysage, le souvenir d’une personne, d’une situation, ou mieux encore en réalisant comme il est merveilleux de se sentir vivant en cet instant !

          4°Maintenir présents ces éléments porteurs de vie et d’enthousiasme qui sont déjà présents dans la sphère de notre conscience. Les nourrir, les enrichir, en prendre toute la mesure, en prendre pleinement conscience et les renforcer par le canal visuel, le canal auditif, olfactif, gustatif, tactile, ou encore par celui de la pensée, de l’imaginaire et du souvenir.

     

            Lorsque nous sommes emportés par nos émotions, nous sommes à l’image du taureau qui fonce tête baissée à la seule vue d’un morceau de tissu rouge : ainsi de nos automatismes et de nos réactions impulsives, tout cela sur la seule base de nos perceptions, ou d’une compréhension rapide et partielle de la situation du moment.

            Imaginons à présent un paysage splendide au complet : forêt, vallée, montagne, rivière, cascade d’eau, lac, fleurs, oiseaux, papillons virevoltants, herbes luxuriantes… Soudain apparaît un poteau, puis dix, vingt, cinquante et cent poteaux qui nous cachent tous une partie du paysage. Ces poteaux représentent nos obstacles, nos œillères, nos vues étriquées, nos constructions mentales, nos projections, nos transpostions, nos transferts de toutes sortes, bref, nos vues erronées sur nous-même et le monde… Le poteau peut aussi représenter ce qui apparaît souvent dans notre vie comme notre « ennemi » parce que différant de nos avis, de nos idées.

           Mais au fond, si nous enlevons le poteau ou si nous faisons le tour pour le contourner, nous retrouvons alors toute la splendeur du paysage au complet et nous réalisons ainsi que le paysage a toujours été là, sous nos yeux en quelque sorte ! Dans cette contemplation de la beauté du paysage, nous pouvons ressentir beaucoup d’amour et réaliser une forme d’union avec le paysage au point de sentir que nous ‘sommes ’ le paysage et que le paysage est nous-même. Autrement dit, ce qui se cache derrière ce premier poteau et tous ceux qui suivent n’est autre que nous-même : nous étions tout simplement caché à nous-même, de même que la Beauté du monde, de la vie, de l’univers nous était partiellement cachée, et toute cette merveille est alors à présent retrouvée dans l’instant même, et ce par un simple effort de regard attentif et profond, juste et approprié.